VIVRE LYON

Voir l'édito du numéro 20

Révélez la sorcière qui est en vous 

 

Vieille et mal attentionnée dans Blanche-Neige et les sept nains, elle est une pétillante mère de famille dans Ma sorcière bien-aimée, une squatteuse indésirable dans La sorcière du placard à balais, une adolescente tiraillée entre le bien et le mal dans la série télévisée Les nouvelles aventures de Sabrina. Mais qui est donc celle qui fut diabolisée, brûlée, et chassée dès la Renaissance, parfois décimée sur plusieurs lignées ? 

 

« Si vous êtes une femme et que vous osez regarder à l’intérieur de vous-même, alors vous êtes une sorcière.”* Qu’elle ait vécu au Moyen-Âge ou en ces temps de pandémie, la sorcière n’est pas cette personne au nez crochu et aux cheveux hirsutes. Pas plus qu’elle ne sacrifie d’orphelins ou le chat de la voisine. Elle est cette femme dont vous partagez le lit, celle qui vous a élevé, qui vous soigne, vous remet chaque jour votre baguette ou signe vos chèques. Elle est cet être doué d’une confiance sans équivoque, pour qui le chemin a parfois été long et douloureux. Derrière l’image de la sorcière se cache celle de la Femme rejetée, méfiée et condamnée au mutisme. 

 

À la fois magicienne et guérisseuse, la sorcière d’autrefois soignait les malades et aidait les femmes à accoucher -ou à avorter-. Trop volubile, trop libre, trop extravertie, pas assez… il fut une époque où tout était prétexte à la condamner. Jetée à l’eau, elle était accusée de sorcellerie si elle avait le malheur de flotter, et était donc exécutée. Elle coule – et meurt- ? Son innocence ne fait aucun doute. Cherchez l’erreur… 

 

Les temps ont changé, et la puissance des femmes ne s’est pas consommée au bûcher. Encore moins à Lyon où la magie n’a jamais cessé d’exister. Après avoir délaissé les bois -malgré une tendance écologique évidente-, elles laissent briller leur lumière, symboles d’une humanité retrouvée. 

 

 

* Manifeste de WITCH (Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell), New York, 1968